Vous recevez un appel d’un numéro commençant par +44, vous ne décrochez pas, puis un message sur WhatsApp ou Telegram vous propose une « mission rémunérée ». Ce scénario se multiplie en France depuis plusieurs mois. L’indicatif international 44, attribué au Royaume-Uni, est devenu l’un des préfixes les plus utilisés par les réseaux d’arnaque téléphonique. Comprendre le mécanisme derrière ces appels permet de s’en protéger efficacement.
Pourquoi l’indicatif +44 est exploité par les arnaqueurs
L’indicatif +44 correspond au Royaume-Uni : Angleterre, Écosse, Pays de Galles, Île de Man. Un appel légitime depuis Londres ou Manchester affichera ce préfixe. Le problème, c’est que les fraudeurs utilisent une technique appelée spoofing, ou usurpation de numéro. Elle consiste à afficher un faux numéro sur l’écran du destinataire.
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Concrètement, l’appel ne part pas forcément du Royaume-Uni. Des réseaux situés en Asie du Sud-Est, notamment au Myanmar ou au Cambodge, émettent ces appels via des plateformes VoIP en masquant leur localisation réelle derrière un numéro britannique. Le +44 inspire davantage confiance qu’un indicatif africain ou asiatique, ce qui augmente le taux de décrochage.
Depuis fin 2024, l’Ofcom (le régulateur britannique des télécommunications) impose aux opérateurs UK un renforcement des filtres anti-spoofing sur les appels sortants vers l’étranger. Cette mesure a réduit une partie du volume frauduleux. En contrepartie, certains fraudeurs migrent vers d’autres indicatifs européens comme le +31 (Pays-Bas), un phénomène relevé par plusieurs médias français début 2025.
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Arnaque « à la tâche » : le piège derrière l’appel en +44
Vous avez peut-être déjà entendu parler de l’arnaque « à la tâche ». C’est le scénario le plus fréquent derrière les appels en +44. Le principe est simple et redoutablement efficace.
Un message (souvent envoyé après un appel manqué) vous propose de gagner de l’argent en réalisant des micro-tâches en ligne : liker des vidéos, noter des produits, rédiger de faux avis. Les premières missions sont rémunérées, parfois quelques euros réellement versés pour installer la confiance.
Ensuite, on vous demande d’investir une somme pour « débloquer » des missions mieux payées. C’est là que le piège se referme. Les victimes investissent des dizaines, parfois des centaines d’euros sans jamais récupérer leur mise. Ces réseaux sont organisés à grande échelle, et les opérateurs humains qui vous contactent travaillent parfois eux-mêmes sous la contrainte, dans des conditions qualifiées de cyberesclavage par plusieurs ONG.
Signes qui doivent alerter immédiatement
- Un appel manqué d’un numéro en +44 que vous ne connaissez pas, suivi d’un message sur une messagerie instantanée (WhatsApp, Telegram)
- Une proposition de travail rémunéré sans entretien, sans contrat, sans vérification d’identité
- Une demande de paiement préalable pour accéder à des missions ou « valider votre compte »
- Un interlocuteur qui refuse de communiquer par téléphone classique et insiste pour rester sur une application de messagerie
Bloquer et signaler les numéros en +44 : les outils concrets
Ne pas décrocher est la première barrière, mais elle ne suffit pas. Plusieurs outils permettent de réduire ces sollicitations de manière durable.
Blocage sur votre téléphone
Sur iPhone comme sur Android, vous pouvez bloquer un numéro directement depuis le journal d’appels. Bloquer un numéro ne supprime pas le problème à la source, mais empêche ce numéro précis de vous recontacter. Les fraudeurs changent régulièrement de numéro, ce qui limite l’efficacité de cette méthode seule.
Applications de filtrage d’appels
Des applications comme Truecaller ou Hiya maintiennent des listes de réputation alimentées par les signalements des utilisateurs. Courant 2024-2025, ces outils marquent explicitement une partie des appels en +44 comme « spam suspecté » ou « démarchage ». Le filtrage repose sur les signalements collectifs, pas sur l’indicatif seul. Plus les utilisateurs signalent un numéro, plus il est bloqué rapidement pour les autres.
Signalement au 33700
En France, le 33700 est le numéro de signalement des spams vocaux et SMS. Vous pouvez transférer un SMS suspect par SMS au 33700, ou signaler un appel vocal sur le site 33700.fr. Ce signalement alimente les bases de données utilisées par les opérateurs pour bloquer les numéros frauduleux en amont.

Bloctel et indicatifs étrangers : une protection partielle
Bloctel est le dispositif officiel d’opposition au démarchage téléphonique en France. L’inscription est gratuite et valable trois ans, renouvelable. Le démarchage téléphonique est autorisé du lundi au vendredi, de 10 heures à 13 heures et de 14 heures à 20 heures. Il est interdit les samedis, dimanches et jours fériés.
Depuis le 1er juillet 2025, le démarchage non sollicité par téléphone, SMS ou courriel est interdit dans les domaines de la rénovation énergétique et de l’adaptation des logements.
Bloctel protège contre le démarchage commercial provenant d’entreprises françaises ou opérant en France. En revanche, les appels frauduleux émis depuis l’étranger échappent largement à ce dispositif. Un réseau basé en Asie du Sud-Est qui usurpe un numéro britannique ne figure dans aucun fichier Bloctel. L’inscription reste utile pour réduire le démarchage légal, mais ne constitue pas une protection contre les arnaques internationales.
Ce que disent les banques françaises sur les appels en indicatif étranger
Les banques et grands assureurs français intègrent désormais un volet spécifique sur les appels en indicatif étranger dans leurs campagnes de prévention fraude. Plusieurs établissements indiquent à leurs clients qu’ils ne les appelleront jamais depuis un numéro non géographique français pour demander un code SMS ou des identifiants bancaires.
La consigne est claire : raccrochez, puis rappelez le numéro figurant sur votre carte bancaire ou dans votre espace client. Un conseiller bancaire légitime ne vous demandera jamais de valider une opération par téléphone sous pression. Cette règle vaut aussi pour les appels affichant un numéro français, car le spoofing ne se limite pas au +44.
- Ne communiquez jamais un code reçu par SMS à un interlocuteur qui vous appelle, quel que soit l’indicatif affiché
- Vérifiez toujours l’identité de l’appelant en rappelant via un numéro officiel que vous connaissez déjà
- Signalez toute tentative suspecte à votre banque et sur la plateforme Pharos (internet-signalement.gouv.fr) si une escroquerie est caractérisée
Un appel en +44 n’est pas toujours une arnaque. Un contact professionnel basé à Londres, un ami en voyage au Royaume-Uni, un service client international peuvent utiliser cet indicatif de manière tout à fait légitime. La différence tient au contexte : un appel attendu d’un numéro identifié ne pose aucun problème. Un appel non sollicité suivi d’un message proposant de l’argent facile est, dans la quasi-totalité des cas, une tentative d’escroquerie.

